aDsr - association Dyslexie suisse-romande

3.3 Qu’en est-il de la dyslexie et de l’apprentissage d’une langue seconde ? Est-ce plus difficile pour eux que pour les non dyslexiques ?

La diversité des situations de bilinguisme

Tout d'abord, on peut distinguer au moins trois situations d'apprentissage d'une langue seconde :

  • la submersion : l'élève est totalement scolarisé dans la langue cible, parmid'autres élèves dont cette langue est la langue maternelle.
  • l'immersion : l'élève apprend une langue seconde avec d'autres enfants de même langue maternelle qui sont dans la même situation. Le programme d'enseignement est adapté à leurs besoins éducationnels et linguistiques.
  • l'apprentissage d'une langue seconde dans le cadre scolaire.

On peut également mentionner le cas de ces nombreux enfants, souvent primoarrivants, qui parlent leur langue maternelle, et parfois apprennent à la lire et à
l'écrire, à la maison, et dont la langue de scolarisation est la langue seconde.

 

L'apprentissage du langage oral

Il est très important de faire une nette distinction entre le langage oral et le langage écrit. Au niveau du langage oral, le dyslexique va devoir apprendre qu'une série d'autres
« étiquettes », les noms des objets dans la langue-cible, peuvent être associés auxobjets qu'il connaît déjà.
Les dyslexiques n'ont généralement pas beaucoup plus de difficultés que les non dyslexiques pour cet apprentissage. Dyslexiques ou non, certains apprenants ont davantage de facilités pour apprendre les langues étrangères que d'autres. Cependant, si la langue cible présente des phonèmes ou des contrastes phonémiques qui n'existent pas dans la langue maternelle de l'apprenant dyslexique, il éprouvera davantage de difficulté pour ces phonèmes et ces contrastes étant donné ses difficultés générales à constituer des représentations abstraites et généralisées des phonèmes.


Un exemple classique est celui des japonais apprenant par exemple le français. En français, il existe deux phonèmes faisant partie de la famille des consonnes dites liquides, à savoir le /l/ et le /r/. En japonais, ces deux phonèmes n'existent pas et dans cette langue il n'existe qu'une seule consonne liquide, dont la prononciation est intermédiaire entre notre /l/ et notre /r/. Ainsi, les japonais apprenant le français auront de très grosses difficultés à distinguer le /l/ et le /r/ et les confondront tant à l'oral qu'à l'écrit.


C'est la confrontation au langage écrit de la langue seconde qui va très souvent poser de grandes difficultés aux apprenants dyslexiques. En effet, l'une des caractéristiques majeures de la dyslexie est la difficulté à associer les graphèmes à leurs phonèmes correspondants pour la lecture, et vice versa pour l'écriture. Lorsqu'il est confronté au système écrit d'une langue seconde, le dyslexique devra assimiler un ensemble de correspondances graphème-phonème, dont beaucoup n'existent pas dans sa langue maternelle (surtout pour les voyelles). De plus, dans de nombreux cas, certaines de ces correspondances entrent en conflit avec celles auxquelles l'apprenant est confronté dans sa langue maternelle.
Prenons l'exemple du phonème /ou/ qui apparaît par exemple dans le mot « trou ». Confronté au néerlandais ou à l'anglais, l'apprenant va découvrir que ce même
graphème se prononce /ow/, comme dans les mots « koud » (néerlandais) ou « cloud » (anglais). De plus, en néerlandais, l'apprenant va découvrir que le
phonème /ou/ ne s'écrit pas « ou » comme en français, mais « oe », comme dans le mot « boek ». Cet exemple est loin d'être isolé. En confrontant l'apprenant dyslexique au système orthographique d'une langue seconde, on va donc lui demander de maîtriser de nombreuses nouvelles correspondances graphème-phonème, ce qui est précisément très difficile pour lui.


Ainsi, le conseil à donner est d'éviter autant que se peut le contact avec le système écrit de la langue seconde, en privilégiant l'apprentissage du langage oral. Existe-t-il des langues plus faciles à apprendre que d'autres ? Au niveau oral, il n'existe pas de langues plus complexes que d'autres. Certaines langues présentent davantage de phonèmes que d'autres, mais ces différences sont suffisamment négligeables que pour ne pas affecter l'apprentissage.

L'apprentissage du langage écrit

Les choses sont bien différentes en ce qui concerne les systèmes écrits. Chaquelangue présente un système écrit qui peut être plus ou moins complexe. Certaines langues présentent un système écrit dit « transparent » : les mots s'écrivent comme ils se prononcent et se prononcent comme ils s'écrivent. Dans ces langues, les correspondances entres les graphèmes et les phonèmes sont dites biunivoques : à chaque graphème correspond toujours le même phonème et vice
versa.


Parmi les langues qui présentent un système orthographique transparent, on trouve par exemple l'italien et l'espagnol, et, dans une moindre mesure, l'allemand et le
néerlandais. Par opposition aux systèmes écrits « transparents », d'autres langues présentent des systèmes orthographiques dits « opaques », comme le français et surtout l'anglais. Dans ces systèmes orthographiques, les correspondances entre graphèmes et phonèmes sont complexes et multiples : un même graphème peut se prononcer de diverses manières et un même phonème peut s'écrire de diverses manières. L'exemple classique pour le français et le phonème /in/, auquel correspond de nombreux graphèmes comme dans « vin », « main », « rein », « daim », « chien », « thym », etc.


D'un point de vue strictement théorique, les apprenants dyslexiques auront plus de facilités à apprendre une langue présentant un système orthographique transparent que celles présentant un système orthographique opaque. Ceci est vrai pour tous les enfants, mais cela l'est d'autant plus pour les dyslexiques. Cependant, dans la pratique, les choses doivent être nuancées. Il serait insensé de conseiller aux dyslexiques d'apprendre l'italien, l'espagnol ou le néerlandais plutôt que l'anglais sous prétexte que le système orthographique des premières sont plus transparents que celui de la seconde.


Un élément essentiel à prendre en considération est évidemment la motivation de l'apprenant. Si un apprenant dyslexique désire apprendre l'anglais, mieux vaut probablement le laisser faire, tout en le prévenant des difficultés écrites auxquelles il sera confronté et en prévoyant des aides additionnelles pour lui permettre demaîtriser le système écrit de cette langue.

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Pour lire cette page en police Dyslexie de Christian Boer.