aDsr - association Dyslexie suisse-romande

3.5 L’enseignement immersif est-il déconseillé pour les apprenants dyslexiques ?

Il n'existe pas de réponse univoque à cette question étant donné la diversité des contextes d'immersion : dans certaines écoles, les apprenants sont immergés dans la langue seconde 50% du temps alors que dans d'autres ils le sont 75% du temps ; dans certaines écoles les enfants apprennent à lire d'abord dans leur langue d'immersion alors que dans d'autres ils apprennent d'abord la lecture et l'orthographe dans leur langue maternelle, etc.
Un autre facteur important dont il faut tenir compte est de savoir si l'un des parents parle la langue d'immersion ou non. Comme déjà évoqué plus haut, dyslexiques ou non, certains apprenants ont davantage de facilités pour apprendre une voir plusieurs langue(s) étrangère(s) que d'autres.

L'enfant dyslexique qui ne connaît pas sa langue d'immersion est confronté à la double difficulté de devoir apprendre le vocabulaire oral dans cette langue et d'apprendre son système écrit. Cette double tâche est plus difficile pour un dyslexique que pour un non dyslexique.

Cependant, dans certaines circonstances l'immersion en néerlandais pourrait être bénéfique pour certains dyslexiques. En effet, des chercheurs canadiens (Da Fontoura & Siegel, 1995) ont comparé les performances en lecture et en orthographe de mauvais lecteurs bilingues portugais-anglais et de monolingues anglophones. Les bilingues étaient scolarisés en anglais mais apprenaient également à lire et à écrire en portugais (30 minutes par jour). Contrairement à toute attente, dans certaines tâches les bilingues montraient des performances supérieures aux monolingues (lecture de pseudo-mots et orthographe).

Pour expliquer ces résultats, les chercheurs ont émis l'hypothèse suivante : le système orthographique du portugais est nettement plus transparent que celui de l'anglais. Ainsi, le fait de lire en portugais pourrait avoir aidé les apprenants dyslexiques à développer et surtout à entraîner la procédure d'assemblage ou de transcodage phonologique, qui est tellement importante pour la mise en place de tous les mécanismes d'identification des mots et de compréhensiondu langage écrit. Les enfants auraient alors transféré leurs capacités de transcodage phonologique à l'anglais, ce qui aurait induit des facilités dans certaines tâches comme la lecture de pseudo-mots. Ainsi, il se pourrait que l'immersion en néerlandais, dont le système orthographique est plus transparent que celui du français, facilite le développement et surtout l'automatisation de la voie d'assemblage ou de transcodage phonologique, et donc le développement de la lecture en général.

Il faut cependant nuancer cette affirmation car le portugais présente un système orthographique nettement plus transparent que celui du néerlandais. Par ailleurs, même si le système orthographique du néerlandais pourrait faciliter le développement de la voie d'assemblage phonologique chez l'apprenant francophone immergé en néerlandais, cet apprenant rencontrera de grandes difficultés lorsqu'il sera ultérieurement confronté au système orthographique du français, qui est nettement plus complexe et plus opaque.

Dans tous les cas, il sera demandé à l'apprenant de maîtriser deux systèmes orthographiques au cours de son parcours scolaire, ce qui est très difficile pour les apprenants dyslexiques.

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Pour lire cette page en police Dyslexie de Christian Boer.