aDsr - association Dyslexie suisse-romande

extrait de: Le Temps, article de Jennifer Keller, 21 janvier 2014

 Le Temps 31 janvier 2014

Ce sont des cadres, parfois des cadres supérieurs, qu'une faibleasse particulière paralyse: ils ne sont pas illetrés, mais leur talon d'Achille est pourtant l'écriture. L'orthographe, la syntaxe ? Ils maîtrisent mal et, au fur et à mesure qu'ils montent les échelons du travail, ce handicap peut les plonger dans des abîmes de gêne.

«A l’école, la dictée était ma bête noire», se souvient le directeur d’une société suisse en informatique, qui n’hésite pas à faire appel à son assistante ou à ses collègues pour corriger des documents importants. «Avec les années, je me suis amélioré, mais au moment d’écrire, j’ai toujours une légère appréhension. Je prends du temps pour trouver les mots justes, la bonne tournure de phrase. Envoyer un message contenant une faute grossière ne fait pas sérieux. Heureusement, l’écrit ne constitue pas la partie essentielle de mon travail. Pour d’autres professions, par contre, ça peut poser un vrai problème d’image.»

Le sujet est tabou: ne pas savoir écrire, que ce soit au niveau de l’articulation des propos ou de l’orthographe, renvoie à la peur d’être qualifié de cancre, comme au temps de l’école. Inconcevable pour un supérieur appelé à superviser le travail de ses subordonnés.

«Ces personnes ont loupé une étape au moment de leur scolarisation. -Elles traînent leurs difficultés à l’écrit comme un boulet invisible depuis toutes petites.» La plupart parviennent à contourner le problème en compensant par l’oral et en se reposant sur leur assistante. Mais arrive un moment où, parce qu’on leur confie de nouvelles responsabilités, c’est la panique: «Si je suis démasqué, je vais perdre mon travail», se disent-elles. «Et ça arrive», déplore la formatrice, qui a connaissance de plusieurs licenciements liés à une mauvaise orthographe.
L’écrit mal utilisé n’a pas que des répercussions sur l’image de l’entreprise.

Car «pour mieux écrire, il faut oser écrire», insiste Philippe Chenot. «En améliorant leurs écrits, les professionnels structurent leurs pensées, reprennent confiance en eux et maximisent leurs performances.» Anne-Marie Gaignard a vu des élèves s’effondrer pendant ses cours. «A 50 ans, ils réalisent qu’ils sont capables d’écrire, contrairement à ce qu’on leur avait dit à l’école. Ils se disent: «Pourquoi est-ce qu’on ne m’a jamais expliqué ça comme ça avant? J’aurais pu faire autre chose de ma vie.» Pour eux, c’est souvent un nouveau départ.»

BrowseAloud

Accédez à la lecture vocale du site de l'aDsr!

Pour lire cette page en police Dyslexie de Christian Boer.